Epicure et Lucrèce

La pensée d’Épicure est aujourd’hui surtout connue grâce à trois lettres qui ont subsisté de son œuvre détruite, vraisemblablement près de trois cents ouvrages. Au-delà de ces trois lettres si cette pensée est parvenue jusqu’à nous c’est en grande partie parce qu’elle a été décrite par Diogène Laerce au III ème siècle et portée par Lucrèce (98 av J-C 55 av J-C) .

Pour Épicure,  dans la lignée de la pensée matérialiste des atomistes de l’école abdéritaine, toutes nos perceptions reliées aux cinq sens ont été produites par des corpuscules atomiques les simulacres émanant des choses. Ils s’introduisent en nous par nos entrées sensorielles.  De la même manière nos pensées naissent d’atomes psychiques plus subtils qui se déplacent dans l’agrégat corporel du cerveau comme les atomes se déplacent dans le vide cosmique. Leur possibilité de circulation reste circonscrite pour ce type particulier d’atomes aux limites du corps. La pensée est sensible et elle s’élabore à partir de nos perceptions.

Le clinamen propre à la pensée épicurienne est utilisé par Lucrèce pour désigner la possibilité de fabrication des corps (2).  Alors que les gouttes de pluie tombent parallèlement et sans se toucher, les grains de poussière visibles dans le rai de lumière se rencontrent et s’agglomèrent, se donnant la possibilité de former des corps.  En l’absence du clinamen, , « la nature n’eut rien créé »,« la nature n’eut rien créé », dit Épicure.

Cette perspective matérialiste permet de penser une construction d’un langage corporel par et dans le corps en lien étroit avec une pensée naissant du sensible et se formant dans l’enveloppe corporelle.

Vingt-cinq siècles plus tard, il faut garder de cette pensée que la capacité de penser l’esprit et le corps comme un seule entité et donc de penser que les messages du corps qu’ils disent quelque chose de l’esprit, est sans doute né à ce moment-là.

(1) Diogenes (Laertius). (1996). Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres. GF-Flammarion.
(2) Lucrèce, De la nature des choses (De natura rerum), Livre II, Classiques Garnier (non daté), traduction Henri Clouard.

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