Repenser les messages paradoxaux

La Synergologie approfondit une distinction fondamentale, la distinction entre langage corporel conscient et non conscient. Cette distinction permet de poser autrement un des problèmes les plus complexes posé à tous les communicants, celui des messages paradoxaux.

 

Résoudre l’impasse des message paradoxaux

Le principal paradoxe de la communication veut que certains messages ne se réalisent que si on parvient à les oublier. Partons d’abord d’exemples pour comprendre de quoi nous parlons :

Ex 1 : On ne peut être spontané que si on ne pense pas à être spontané  Ex 2 : On ne peut être naturel. que si on oublie de l’être.

Demandez vous quels sont les moments où vous vous êtes dit : “Il faudrait que je sois plus spontané”. Ce sont les moments ou vous ne l’étiez pas.  Le simple fait de vous répéter ce mantra est précisément ce qui vous a empêché de l’être.  De fait la spontanéité s’épanouit à la condition expresse que l’impératif “Sois ceci…!” se trouve évacué de fait. On ne peut pas produire consciemment l’inconscient. C’est incontournable.

Le champ du conseil corporel est de fait piégé par ces réalités. Essayez simplement de dire :  “Tu devrais faire plus de gestes”, et la personne sera si centrée sur ses gestes qu’elle deviendra beaucoup moins attentive à l’autre et à l’interaction de manière générale.  Elle sera heureuse du conseil sans voir tout de suite qu’elle régresse. De la même manière : “Tu devrais te forcer à sourire! ” produira un sourire forcé, là ou un sourire discret mais réel aurait fait beaucoup mieux l’affaire. Dans ce contexte piégeant, les conseils de langage non verbal ne peuvent s’accomplir que si on arrête de les donner !

Ces conseils bruts sont souvent associés à un message à la fois psychologique, communicationnel ou encore de développement personnel, qui est très repris parce qu’il est facile à prodiguer et enseigner, et même plutôt  assez sympathique, mais qui n’est pas moins lui aussi un message paradoxal. Même si c’est moins apparent.

 

Mimétisme et  synchronisation.

Le langage corporel s’organise dès la naissance, ainsi la synchronisation de la mère avec son enfant témoigne d’un accordage affectif  utile à l’enfant pour voir que sa mère le comprend (1)  Dans les relations adultes une synchronisation corporelle témoigne de cette même qualité d’entente. Ces deux exemples montrent le rôle du corps dans la vérité de la relation. Mais dans ces deux cas, s’arrêter là nous ferait oublier le phénomène plus important : Ces formes de synchronisation ne sont efficaces que si elles s’effectuent inconsciemment.

Une interaction de bonne qualité se joue non pas en un temps mais en deux temps : Un temps de synchronisation certes mais en avant ce temps de synchronisation, un temps mimétique.

Dans une relation de bonne qualité, de temps à autre de manière très inconsciente, le visage d’un des interlocuteurs devient mimétique avec celui de l’autre. Ce qui veut dire que les traits de son visage épousent les traits de son interlocuteur durant 1/125 ème de seconde. Ainsi il ressent ce que l’autre ressent. Ce mimétisme est trop fugace pour être effectué consciemment. Or vouloir forcer la synchronisation avec l’autre en se plaçant bien en face de l’autre pour forcer la bonne qualité d’écoute contraint, empêche le processus mimétique…

D’ailleurs ces spécialistes de la synchronisation ont-ils pensé à vous dire que la synchronisation n’était pas une fin en soi, et que les attitudes ou les personnes étaient les plus synchronisées étaient les attitudes de conflit…


En fait dés qu’on veut partager avec l’autre positivement comme négativement on se synchronisera inconsciemment. Observer les conflits en recherchant les synchronisations vous en trouverez autant et sans doute plus que lorsque la communication est de bonne qualité. Bonne communication comme mauvaise communication, dans les deux cas il s’agir de faire passer à l’autre le message qu’on l’a bien compris. Dans le premier cas on l’a compris et on est bien d’accord et dans le second on l’a toujours bien compris mais on n’est pas d’accord.  L’attitude synergologique résulte d’un pari inverse.

 

Éléments bibliographiques

(1) La notion d’accordage affectif est due à Daniel Stern (1987)

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