Pour cesser de voir dans le langage corporel un langage des émotions

Si vous dites : « Le langage non verbal est un langage émotionnel ». C’est faux. Explicitons :

L’idée que « le langage du corps est le langage des émotions » s’est installée dans l’imaginaire il y a 2500 ans avec le dualisme, qui a piloté la pensée, alors qu’il existait déjà à cette époque une autre manière de réfléchir, la philosophie moniste.

Cette rupture dualiste a fini de s’installer dans l’imaginaire des modernes avec Descartes. Au corps « les esprits animaux » et au cerveau la raison ou pour le dire dans les mots de Descartes : « Le corps et l’âme sont deux substances distinctes : en effet, nous pouvons avoir une connaissance claire et distincte de l’une sans avoir besoin de concevoir l’autre»

(1)

L’idée était convaincante, mais elle était fausse scientifiquement. Il y avait déjà à l’époque une alternative théorique à Descartes omnipuissant  : Spinoza.  Mais c’est seulement à la fin du XX ème siècle que la science prendra conscience de la justesse des propositions spinozistes à la lumière des neurosciences sociales.

D’ailleurs, sans nécessairement faire de la philosophie,  demandez vous lors de votre prochaine réunion de travail surtout si elle est ennuyeuse, si ce ne sont pas plutôt les ressources de votre raisonnement que vous utilisez. Vos émotions atones, vous ne cessez pas d’avoir un langage corporel. Votre corporéité c’est vous. Il témoignera de votre ennui, de votre désaccord, du fait que vous êtes « dans la lune », ou au contraire bien concentré.e. Tout ça sera question de cognition.

Présenter le langage corporel comme langage émotionnel c’est passer à côté de sa richesse, et surtout se tromper sur la nature des indicateurs corporels les plus nombreux.

(1) Descartes, 2009/1644 : Principes de la philosophie : première partie. Sélection d’articles des parties 2, 3, 4, lettre-préface. Paris : Vrin.

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